Cloud Wars

Catégories : Internet.

Cette année a vu monter en puissance les Cloud Wars. Depuis le temps qu’ils fourbissaient  leurs armes, qu’ils aiguisaient leurs plans de conquêtes, les voilà en ordre de bataille. Google drive (avec un compte Google), Skydrive (avec un compte Hotmail, Live, ou Outlook.com tout frais sortie du bain Windows 8), Icloud (avec la pomme), la grosse artillerie est de sortie. L’idée est d’offrir un écosystème propre à chaque seigneur géant informatique dans lequel les fidèles sujets pourront s’épanouir et grandir, fichiers, livres, films, applications. En résumé, les utilisateurs n’ont plus qu’un identifiant qui leur ouvre les portes d’un ensemble de service et de fonctionnalités identiques quelque soit l’ordinateur sur lequel ils se connectent (ou presque). En règle générale, nous disposons en plus du courriel et d’un espace de stockage, d’un ensemble de logiciels pour gérer les documents texte et tableur, d’une solution pour organiser, présenter voire modifier ses photos, ce qui couvre la majorité de nos besoins, et côté téléchargements, une plateforme d’achat logiciels et produits culturels (et là dessus Amazon version Cloud est d’attaque également).

 

Il s’agit en réalité pour Google, Apple et Microsoft de fabriquer cet écosystème numérique complet dans lequel les utilisateurs pourront retrouver la même expérience utilisateur quelque soit le support physique: ordinateur fixe, portable, tablette ou smartphone. Du responsive design appliqué à tout un environnement de travail et de loisirs, des logiciels professionnel au téléchargement de biens culturels, dans lequel tout s’adapte à l’utilisateur et pas uniquement au support.
Nous pouvons supposer que l’idée, érigée en stratégie globale par Apple, est de conserver au maximum les clients dans un environnement estampillé par la marque et dans lequel elle peut également vendre services, biens, et évidemment publicités. Le technique de la prison dorée s’appuie à la fois sur le désir de la plupart des utilisateurs de ne surtout pas changer leurs habitudes, tout autant que sur leur méconnaissance des solutions alternatives. Et si les stratégies sont différentes entre les grands acteurs, il s’agit bien de rendre possible la conjonction entre le matériel, le logiciel et le commercial.
La petite passe d’armes récente entre Google et Alibaba (concepteur d’Aliyun OS), alors même que Google ne fabrique pas directement son matériel (même s’il a tente des solutions matérielles spécifiques telles que les ChromeBook fabriqués par Samsung), montre l’importance de la guerre des machines, des logiciels et des interfaces tout autant que les procès entre Apple et Samsung ou Motorola, qui au delà de l’enjeu technologique reflètent la volonté de spécificité de chaque environnement. .
Côté utilisateur maintenant, plusieurs conséquences: il fait un choix pour un environnement et il pense souvent qu’il est difficile d’en sortir, il dispose en revanche de tous ce dont il a besoin ou envie pratiquement quelque soit l’ordinateur dans le monde, ce qui implique que son lieu de travail ou de loisir se mélange pour le meilleur et pour le pire. Pour les professionnels en mobilité, ces nouvelles technologies apportent un confort et une liberté nouveaux. Google permet même d’imprimer à distance dès lors que l’ordinateur relié à l’imprimante est actif.

Le côté obscur est que le dit utilisateur devient captif de son environnement avec tout ce qui va avec: routinisation de son fonctionnement et manque de flexibilité pour des systèmes différents, données centralisées chez un seul opérateur ce qui les rend sensibles au vol ou à l’utilisation détournée, possibilité de contraindre l’utilisateur une fois enfermé dans un service. Apple a été également maintes fois accusé de censure sur l’Apple Store, particulièrement politiquement correct. Il y aura probablement toujours des personnes qui préfère la prison dorée que l’aléatoire du mélange des genres, la discussion est loin d’être fini.

Ne jetons pas pour autant bébé avec l’eau du bain, loin de là même, toutes ces options offrent un confort d’utilisation considérable, relèguent au musée les clés USB qui se perdent si facilement et autres disques durs externes qui prennent un malin plaisir à se fracasser au sol éparpillant les données de l’utilisateur négligeant ou de celui qui a des enfants, et permettent de retrouver en toutes circonstances son environnement numérique sans passer des heures à remettre la main sur les mots de passe ou sur des fichiers qu’on était sûr d’avoir, mais si, dans ce répertoire, ah ben non, alors ils doivent être autre part, peut-être avec les courriels…
Alors pour un peu que nous restions ouvert, que les mots de passe  en question soient bien choisis (par exemple petit guide Symantec ou celui de l’Agence National de la Sécurité des Systèmes d’Information), l’idée de pouvoir accéder sans limite à ses contenus et ses applications est un confort dont j’avoue avoir aujourd’hui du mal à me passer. La mésaventure récente d’un collaborateur de Wired, a priori pas exactement le perdreau de l’année normalement, laisse malgré tout à supposer que tous les problèmes de sécurité ou de vie privée ne sont pas résolus. !
Sur un plan légèrement différent, il faut rajouter aux services déjà présentés, qui sont généraux et intégré dans des systèmes et/ou des solutions matérielles, ceux qui servent essentiellement de stockage et de synchronisation entre différents ordinateurs, smartphones et tablettes indépendamment de la plateforme, comme l’excellent Dropbox (2Go gratuit mais de multiples solutions pour l’augmenter), le performant Sugarsync (également 2Go, et qui propose une offre pour les clients Orange), le professionnel Box (pareil, mais parfois des offres spéciales comme les 50Go alloués en février-mars lors du téléchargement de l’appli Android) ou plus récemment le russe Yandex (jusqu’à 10G0 très simplement et lié à une boîte mail tout comme Google). Les deux premiers se chargent en plus de sauvegarder une partie de vos données mobiles directement dans un espace spécifique, comme vos photos par exemple. Tous ses services ont leurs avantages et inconvénients, donc je ne trollerais pas. Noter que votre fournisseur internet vous offre souvent un espace de stockage avec votre abonnement comme le 9Giga chez SFR ou Mes données chez Orange. A noter que ces services peuvent également servir de stockage pour les données que vous ne voulez pas perdre. Même si votre ordinateur est volé, vous conservez vos données, à condition de ne pas avoir oublié votre mot de passe.

yandex

Pour finir, encore des petites nouveautés dans cette profusion de services, le très bon attachements.me qui permet de retrouver les principaux (en volume) services (Box, Dropbox, Skydrive, et Google Drive) au sein de la messagerie Google (uniquement pour l’instant), et le non moins bon CloudMagic qui permet de rechercher ses fichiers dans ces services.

 

Les ordinateurs se métamorphosent en terminaux clients plutôt simples dont les performances sont éclatés vers des serveurs distants, plus rien chez nous, tout arrivera par un écran commun. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter? Est-ce une simplification qui libérera le contenu, ou des contraintes qui rendront tout uniforme et contrôlable sur le net. D’autant que nous apercevons déjà  la fusion avec la télévision (Google et Apple sont sur le coup), les bibliothèques (avec Amazon, Google Book, Ibook, et autres) et les consoles de jeux. A ce propos, nos opérateurs internet se mettent de plus en plus sérieusement au Cloud Gaming, des consoles de jeu dans le cloud. Ces jeux ont d’abord été d’un ridicule presque absolu (mais il parait que ça ne tue pas) avec quelques jeux “casual” assez moches et franchement vieillots mais s’orientent aujourd’hui vers de véritables jeux, complets, beaux et intéressants! à suivre donc! La vie n’est pas encore dans l’espace mais déjà dans le nuage… Sur terre? ah oui, aussi, peut-être, éventuellement, faut voir, mais ça m’a l’air un peu invivable dans le coin.